mercredi 13 décembre 2017

"Le Crime de l'Orient-Express" d'Agatha Christie

Un classique dans l'air du temps

Le célèbre Crime de l'Orient-Express d'Agatha Christie est réédité par Le Livre de Poche dans une édition spéciale à l'occasion de la sortie du film de Kenneth Branagh.




Présentation de l'éditeur

Par le plus grand des hasards, Hercule Poirot se trouve dans la voiture de l’Orient-Express – ce train de luxe qui traverse l’Europe – où un crime féroce a été commis.
Une des plus difficiles et des plus délicates enquêtes commence pour le fameux détective belge.
Autour de ce cadavre, trop de suspects, trop d’alibis.


Mon Avis 

"Je suis Hercule Poirot et je suis sans doute le plus grand détective du monde." Voilà la réplique de Kenneth Branagh dans la peau du célèbre personnage d'Agatha Christie, à la fin de la bande-annonce du film. Si je pense que le Hercule Poirot du livre est moins prétentieux que cela, on peut pas le nier : ce personnage a la classe.
Puis, il n'a pas tort. Dans ce dixième opus de la série Hercule Poirot, le détective belge fait preuve d'un incroyable sang-froid et d'une déduction extraordinaire, qui font toute sa renommée. Mais cette affaire lui donne tout de même du fil à retordre.

"L'assassin est parmi nous... dans ce train même." (page 46)

Un meurtre terrible a été commis dans la nuit, dans une luxueuse voiture de l'Orient-Express. A son bord, 14 passagers dont Hercule Poirot lui-même. Treize suspects, treize personnalités différentes, treize personnes à interroger sans compter le personnel. Dans ce train mythique bloqué dans les montagnes enneigées entre Istanbul et Londres, des indices sont retrouvés, les interrogatoires se succèdent, des objets disparaissent, réapparaissent, le mystère s'épaissit. Mais quoiqu'il arrive, notre détective fait preuve d'un sang-froid à toute épreuve. Et le final... est incroyable. On ne pouvait s'attendre à une telle issue.

"— Puisque vous insistez, permettez-moi de vous dire que...
votre tête ne me revient pas, monsieur Ratchett.
Sur ce, il quitta le wagon-restaurant." (page 30)

Le roman est très bien structuré. Les noms des chapitres sont clairs et s'apparentent parfois à un véritable rapport policier ("la déposition de l'employé des wagons-lits" ; "l'interrogatoire du valet de chambre" ; "la déposition de la princesse russe" ; "l'arme du crime", etc.), même les parties sont claires, nettes et précises : "les faits", "l'instruction" et "Hercule Poirot s'asseoit et réfléchit". Nous avons même à notre disposition un schéma du wagon avec les cabines et noms des passagers. Même si les personnages sont nombreux, tout est fait pour que le lecteur ne retrouve pas perdu parmi ces nombreux noms et nationalités. 

L'action n'est certes pas au rendez-vous. Ce sont principalement des interrogatoires, des résumés, des récapitulatifs des alibis. Nous avons donc les mêmes pièces, les mêmes éléments que notre détective. Nous sommes pris au jeu, nous ne pouvons pas faire autrement que de faire fonctionner nos méninges. C'est diablement divertissant malgré l'absence d'action.

Le Crime de l'Orient-Express a été publié pour la première fois en 1934. Il est devenu rapidement un classique de la littérature anglaise. Il a déjà été adapté au cinéma en 1974 par Sidney Lumet, avec Albert Finney dans le rôle d'Hercule Poirot. Pour fêter les 90 ans du Masque, une édition prestige a été rééditée avec sa couverture d'origine. 

La réédition Prestige du Masque

En bref, le film événement de Kenneth Branagh est l'occasion idéale pour (re)découvrir ce classique d'Agatha Christie. Peu d'action certes, mais une intrigue extrêmement bien ficelée, des personnages de nationalités diverses, un final surprenant, cette dixième enquête d'Hercule Poirot est un véritable régal pour tout lecteur. Un huis clos captivant, un humour so british, un décor passionnant, une conclusion sans détour. Les seize photos du film en pages centrales du livre ne nous font désirer qu'une chose. Aller voir le film au cinéma. Cela tombe bien, il sort aujourd'hui. 



Le Crime de l'Orient-Express (Murder On The Orient-Express), Agatha Christie, traduit de l'anglais par Jean-Marc Mendel, Le Livre de Poche, novembre 2017, 240 pages, 6,30 €.

Bonus : la bande-annonce !



Lire les premières lignes du livre ? C'est ici !

Quelques photos du livre sur mon compte Instagram.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^



[Spécial jeunesse] "Dou et son doudou" de Johan Leynaud




Présentation de l'éditeur :

DOU, le bébé ornithorynque, cherche son doudou partout dans la maison : dans son coffre à jouets, dans l'armoire, dans la machine à laver, le frigo... Il en profite pour se régaler de tarte au « chitron », retrouve au passage sa balle sous le canapé, fiche un sacré bazar du sol au plafond mais de doudou, point ! Une seule solution : appeler papa et maman à l'aide !


Mon Avis

Dans sa vidéo "La Bibliothèque d'Alice", Margaud a présenté un album jeunesse couleur pastel qui m'a tout de suite séduite, Dou et son doudou. Je l'ai pas hésité à le commander. Mes enfants l'ont tout de suite adoré. Alors, pour cette semaine spéciale jeunesse, je devais vous en parler.

Cet album rectangulaire tout cartonné raconte l'histoire d'un petit ornithorynque, Dou, qui part à la recherche de son doudou. Il cherche dans toutes les pièces de sa maison, quitte à mettre le bazar. Finalement, no suspens, le fameux doudou se trouvait à sa place habituelle ^^.



Ma fille de 5 ans, mais surtout mon fils de 2 ans, aiment cet adorable album. Les couleurs pastel, les dessins simples, ronds et mignons, le texte très aéré et très simple attirent tout de suite l'œil. C'est une vraie merveille. Il remporte un grand succès à la maison.

Puis, Dou se révèle être non seulement mignon mais drôle aussi. Il fouille partout, mange une part de gâteau au citron, retrouve sa balle... mais ce n'est pas doudou.

En bref, Dou et son doudou est l'album... doudou idéal, qui réjouira petits et grands. Une valeur sûre.


Dou et son doudou, Johan Leynaud, Sarbacane, collection Albums, août 2017, 28 pages, 9,90 €. Dès 12 mois.


A bientôt pour une prochaine chronique ^^








mardi 12 décembre 2017

[Spécial jeunesse] "Méline, t'es plus ma copine !" d'Ann Rocard et de Dania Florino




Présentation de l'éditeur 

Méline est une petite fille coquine. Quand elle rit et agite la tête, ses deux couettes font des pirouettes. Méline adore faire des blagues à ses copines, qui n'apprécient pas toujours !


Mon Avis

J'ai reçu cet album dans le cadre de la Masse Critique spéciale jeunesse de Babelio. Mes enfants et moi étions ravis car on adore les livres des éditions Fleurus : la collection "ça sert à quoi ?", la célèbre "imagerie des tout-petits"... Que de beaux ouvrages !

Méline, t'es plus ma copine ! fait partie de la collection "Cékikècap' ?", qui compte actuellement quatre albums. Les personnages de cette collection sont tous camarades de classe et partagent ensemble des moments du quotidien. 



Méline aime jouer avec ses copines et leur faire des blagues. Mais ses copines ne les apprécient pas toutes... Une dispute éclate et Méline se retrouve alors seule au square lorsqu'un petit garçon lui propose de jouer avec lui. 

Si mon fils de 2 ans n'a pas été très intéressé par cette histoire, ma fille de 5 ans l'a adorée. C'est une histoire qui se déroule dans un square, qui s'apparente beaucoup à une cour de récréation, un lieu qu'elle connaît très bien. Les personnages sont très variés, et elle peut ainsi facilement s'identifier à eux. Les groupes de copines comme celui de Méline sont également familiers pour ma fille. Elle a adoré la fin, qui évidemment, réunit Méline et ses amies.



Le texte est simple, clair, les illustrations sont colorées, actuelles et charmantes. Tous les personnages figurent sur tous les albums de la collection "Cékikècap' ?". Ainsi, les enfants peuvent s'initier à l'aspect des séries littéraires, à l'instar des séries animées. 

En bref, Méline, t'es plus ma copine ! est un album jeunesse que les enfants scolarisés en maternelle peuvent véritablement adorer : des personnages très variés, des groupes de copains, l'esprit cour de récréation, l'amitié, les jeux y sont très présents. Comme tous les personnages sont récurrents et apparaissent dans chaque album de la collection "Cékikècap' ?", c'est un bon moyen pour les enfants de s'initier à la notion de série, à l'instar d'une série animée. 


Méline, t'es plus ma copine !, conception et texte d'Ann Rocard, illustrations de Dania Florino, Fleurus, collection "Cékikècap' ?" n°4, août 2017, 28 pages, 4,60 €.
A partir de 3 ans.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^









lundi 11 décembre 2017

C'est Lundi, que lisez-vous ? #74

C'est l'heure du célèbre rendez-vous "C'est lundi, que lisez-vous ?", inspiré de It's Monday, What are you reading ?, repris par Galleane. Le récapitulatif des liens se fait sur son blog.


Chaque lundi, on répond à trois questions :
1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment ?
3. Que vais-je lire ensuite ?


La semaine dernière, j'ai lu :


J'ai lu L'Enfer de Church Street, un roman noir très décalé, de l'Américain Jake Hinkson. Geoffrey Webb se fait braquer sur un parking. Au volant, avec un revolver pointé sur lui, il en vient à raconter sa vie à son agresseur. Ce dernier ne s'attend pas à écouter ce genre d'histoire, d'une décadence stupéfiante, d'une ironie cruelle. Je me suis pris au jeu de l'auteur et au final, j'ai bien aimé cet engrenage infernal dans lequel plonge le narrateur principal. J'ai lu ce roman en prévision d'une future lecture, celle du prochain roman de Jake Hinkson, Sans lendemain, qui sortira en librairie le 1er février prochain chez Gallmeister. 


En ce moment, je lis :

Nicholas Edwards vit à la Nouvelle-Orléans avec sa femme et sa fille, où il est l'un des deux associés d'une entreprise qui rénove et revend des maisons dévastées par le passage de l'ouragan Katrina. Entre sa famille et sa collection de timbres, il oublie peu à peu que dans une autre vie, son métier était d'éliminer des gens. Lorsque l'économie régresse et que ses affaires périclitent, un nouvel ouragan survient sous la forme d'un coup de téléphone de son ancien agent, l'énigmatique et truculente Dot, qui lui propose de reprendre du service et de redevenir l'homme qu'il fut : Keller, le tueur à gages. De New York aux Caraïbes, et jusqu'au grand finale qui se déroule à Cheyenne, où une veuve lui demande de gérer la collection de timbres de son défunt mari, Keller va devoir franchir les turbulences du cyclone tout en préservant la vie de Nicholas Edwards...

J'ai reçu ce cinquième tome de la saga John Keller de la part de la collection Série noire des éditions Gallimard. Je ne l'avais pas demandé, mais je suis vraiment ravie de le découvrir. Il est exaltant. Merci à la collection Série noire !


Mes prochaines lectures : 



Articles publiés la semaine dernière :

Chroniques
Rendez-vous littéraires 

Cette semaine sur le blog, je vous partagerai mes avis sur des albums jeunesse ! 



Le deuxième concours de Noël est lancé ! Cette fois, ça se passe sur ma page Facebook ici ! Je vous propose de gagner un exemplaire de Martin Eden de Jack London, dans sa jolie édition collector 10/18. Bonne chance à tous 🍀


Je vous souhaite une excellente semaine pleine de belles lectures.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^






dimanche 10 décembre 2017

Premières lignes #18 : "Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit" de Jean d'Ormesson

Ce rendez-vous hebdomadaire a été créé par Ma Lecturothèque.

Le principe est simple : il s’agit de présenter chaque semaine l’incipit d’un roman.

Ce rendez-vous est très intéressant car il nous permet de découvrir en quelques lignes un style, un langage, un univers, une atmosphère.

On choisit le livre que l'on veut : un coup de cœur, une lecture actuelle, un livre de sa PAL, un emprunt à la bibliothèque...

Je ne pouvais pas choisir un autre écrivain pour ce 18ème "Premières lignes". Il fallait absolument que je vous fasse découvrir le premier chapitre de Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit (2013) de Jean d'Ormesson, qui nous a quittés mardi dernier. Je ne connais pas ses écrits mais je suivais du mieux possible ses entretiens à la télévision. C'était un grand homme, sage, généreux, qui aimait profondément les gens. J'ai l'impression qu'il nous laisse orphelins aujourd'hui. Il nous restera ses romans, dont l'un des derniers paraîtra en février prochain, Et moi, je vis toujours, aux éditions Gallimard. 



Chapitre premier


Où l'auteur s'inquiète brièvement du sort d'un genre littéraire
si longtemps triomphant et où il entre avec audace dans le vif du sujet.


     Vous savez quoi ? Tout change. Le climat, à ce qu'on dit. Ou la taille des jeunes gens. Les régimes, les frontières, les monnaies, les vêtements, les idées et les mœurs. Une rumeur court : le livre se meurt. Voilà près de trois mille ans que les livres nous font vivre. Il paraît que c'est fini. Il va y avoir autre chose. Des machines. Ou peut-être rien du tout. Et le roman ? Il paraît que le roman est déjà mort. Ah ! bien sûr, il y a encore de beaux restes. Des réussites. Des succès. Des... comment dites-vous ?... des best-sellers. Pouah ! Les romans aussi, c'est fini. Nous les avons trop aimés. Gargantua, Pantagruel, Don Quichotte, Athos, Porthos, Aramis, d'Artagnan, Gavroche, Fabrice et Julien, Frédéric et Emma, le prince André, Natacha et Anna, les frères Karamazov, la cousine Bette, le Père Goriot et ses filles, Anastasie et Delphine, les familles Rougon-Macquart, Forsyte, Buddenbrook - on dirait un faire-part -, Vautrin, Rubempré, Rastignac, le narrateur et Swann et Charlus et Gilberte et Albertine et Rachel-quand-du-Seigneur et la duchesse de Guermentes, lord Jim et lady Brett, Jerphanion et Jallez, mon amie Nane et Bel-Ami, Aurélien et Gatsby, le consul sous le volcan, Mèmed le Mince, l'Attrape-cœurs, le pauvre vieux K à Prague et Leopold Bloom à Dublin qui se prend pour Ulysse : ce monde de rêve et de malheurs changés soudain en bonheur ne durera pas toujours. Ses silhouettes de femmes, de maîtresses, de jeunes filles, ses fantômes de géants s'éloignent dans le passé. L'herbe a du mal à repousser derrière eux. Les seconds couteaux s'agitent. Les truqueurs déboulent. Les poseurs s'installent. L'ennui triomphe. Tout le monde écrit. Plus rien ne dure. On veut gagner de l'argent. Presque une espèce de mépris après tant d'enchantements. Le genre s'est épuisé. L'image triomphe et l'emporte sur l'écrit en déroute.
     Voici pourtant un livre, quelle audace ! voici encore un roman - ou quelque chose, vous savez bien, qui ressemble à un roman : des histoires, quelques délires, pas de descriptions grâce à Dieu, un peu de théâtre, pourquoi pas ? et les souvenirs, épars et ramassés pêle-mêle, d'une vie qui s'achève et d'un monde évanoui. Peut-être ce fatras parviendra-t-il, malgré tout, à jeter sur notre temps pris de doute comme un mince et dernier rayon ? Et même, qui sait ? à lui rendre enfin un peu de cette espérance qui lui fait tant défaut.


Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit, de Jean d'Ormesson de l'Académie Française, Pocket, 2016, 277 pages, 7,40 €.


Je vous souhaite un très bon dimanche et de belles lectures.

A demain ^^







jeudi 7 décembre 2017

"Et au milieu coule une rivière" de Norman Maclean

Bénie soit la Big Blackfoot River

Les éditions Rivages rééditent un chef-d'œuvre de la littérature américaine, Et au milieu coule une rivière, un roman autobiographique dans lequel Norman Maclean nous confie ses souvenirs les plus vivaces de son esprit.




Présentation de l'éditeur

Classique de la littérature américaine, ce texte bouleversant raconte l'enfance de Norman Maclean dans les Rocheuses, au sein de paysages magnifiques dont chaque relief transforme en profondeur les êtres qui y vivent. La famille et la nature apparaissent comme les piliers originels de Norman et Paul, le frère adoré, pêcheur hors pair, irrésistible mauvais garçon. Un dialogue silencieux s'instaure avec les rivières et les montagnes, qui apprennent plus que les mots eux-mêmes. Avec un talent et une poésie exceptionnels, Maclean capture la lumière bénie des jours disparus.


Mon Avis

Lorsque Norman Maclean écrit son roman autobiographique, il a 74 ans. C'est d'ailleurs son seul et unique roman publié (en 1976). Il nous relate son enfance dans la région des Rocheuses, dans le Montana, au début du XXe siècle. En quoi ce roman est considéré comme un chef-d'oeuvre de la littérature américaine ? Si vous avez vu le film de Robert Redford (qui signe la préface de cette réédition), peut-être avez-vous la réponse à cette question. Si vous ne l'avez pas vu - comme moi -, je vous en parle maintenant.

La famille Maclean s'installe dans le Montana en 1909, dans une région montagneuse où règnent silence, nature et solitude. Le père de l'auteur est révérend. Il est exigeant mais aimant envers ses deux fils. Sa mère est une femme discrète, qui consacre son temps et son énergie à sa famille. Son frère, Paul, est l'enfant terrible. Il est l'exact opposé de son frère : Paul aime les paris, l'alcool et les femmes ; Norman dépeint un portrait plutôt parfait de lui-même, il est posé, discret, et mène de brillantes études. Ils sont très différents l'un de l'autre mais il existe un lien très fort entre eux. Ce qui les rapproche, ce pourrait être la pêche, qui se révèle être un véritable art de vivre pour les deux frères. 

"J'avais beau penser à lui comme à mon petit frère, je ne pouvais pas le traiter en gamin. Il n'était pas "le gosse". C'était un maître dans l'art de la pêche au fouet. Il n'avait pas besoin des conseils de son grand frère, ni de son fric, ni de son aide. Ni alors, ni jamais, je n'ai pu lui venir en aide." (page 21)

La pêche prend beaucoup de place dans le roman. Elle n'est pas un loisir pour le père et les fils Maclean, c'est une religion. Ces passages narratifs ont un effet étonnamment reposant sur le lecteur.

"La pêche est vraiment un monde à part, qui n'a rien à voir avec aucun autre. Au sein de ce monde, il y a une série d'univers distincts les uns des autres. On pêche les gros poissons dans des rivières qui ont peu d'eau. C'est un monde qui, dans l'eau et hors de l'eau, n'est pas assez vaste pour contenir à la fois le poisson et le pêcheur." (page 75)

La rivière et son rôle primordial

The Big Blackfoot River
Source : WA Franke College of Forestry & Conservation -
University of Montana
Le thème de l'eau est omniprésent dans le roman de Norman Maclean. La rivière, qui se nomme la Big Blackfoot, le traverse et en devient rapidement le personnage central. Avec l'activité de la pêche, la rivière est le lien entre les générations, elle renferme la mémoire, les souvenirs. Ce roman est un hommage à la nature, à cette rivière qui a rythmé leurs vies. C'est également le récit nostalgique d'un temps qui est révolu.

"Il faut dire également que la Big Blackfoot est la rivière que nous connaissions le mieux, mon frère et moi. Nous avions commencé à y pêcher peu après le début du siècle - et notre père avant nous. Nous la considérions comme la rivière de la famille, elle faisait pour ainsi dire partie de nous, et c'est bien malgré moi que je dois aujourd'hui la céder aux ranchs pour touristes, au tout-venant des habitants de Great Falls et aux envahisseurs barbares de Californie." (page 32)

Un hommage à l'Amérique

Le roman de Norman Maclean est parsemé de symboles de l'Amérique et ses principes fondamentaux. La famille est ici un thème fort présent. Elle est unie malgré leurs différences. Il y a également la foi, la religion dont le roman est empreint.

Enfin, dernier argument pour vous donner envie de découvrir ce roman, c'est... son excipit. L'auteur clôt son roman avec un paragraphe extrêmement bien écrit, aux allures poétiques, d'une beauté saisissante. La traduction de Marie-Claire Pasquier sublime les derniers instants de notre lecture. Je ne peux pas faire autrement que de citer l'excipit ci-dessous. 

"A la fin, toutes choses viennent se fondre en une seule, et au milieu coule une rivière. La rivière a creusé son lit au moment du grand déluge, elle recouvre les rochers d'un élan surgi de l'origine des temps. Sur certains des rochers, il y a la trace laissée par les gouttes d'une pluie immémoriale. Sous les rochers, il y a les paroles, parfois les paroles sont l'émanation des rochers eux-mêmes. 
Je suis hanté par les eaux." (page 174)

En bref, merci aux éditions Rivages de rééditer le lumineux Et au milieu coule une rivière, chef-d'œuvre de la littérature américaine. Cette rivière omniprésente, qui sillonne le roman, est le lien entre les générations, elle est la mémoire et les souvenirs, elle est le témoin d'un temps révolu. Dans ce monde solitaire, serein et magnifique, Norman Maclean met en lumière l'importance de la pêche, véritable religion, de la nature et de la famille. Préfacée par Robert Redford, le réalisateur du film inspiré du livre, cette nouvelle édition est un vrai petit bijou. A lire d'urgence !

  
Et au milieu coule une rivière (A River Through It), Norman Maclean, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Claire Pasquier, Rivages, novembre 2017, 174 pages, 19 €, format numérique : 12,99 €.



Vous souhaitez lire les premières lignes ? Rendez-vous ici !

A bientôt pour une prochaine chronique ^^





Throwback Thursday livresque #56

Le Throwback Thursday livresque est un nouveau rendez-vous inspiré du "Throwback Thursday" d'Instagram, et créé par le blog BettieRose Books.
Le principe est simple : on partage chaque jeudi une lecture qui correspond à un thème donné.
Le récapitulatif des liens se trouve sur le blog BettieRose Books.

Le thème de cette semaine est :


Un livre jeunesse



Un album jeunesse ? Je jette un coup d'œil dans la bibliothèque de mes loulous (qui ont 5 et 2 ans) et je trouve au hasard un album cartonné, un peu abîmé à force d'être manipulé maintes et maintes fois. C'est un livre que ma fille adore. Il est drôle, les dessins sont simples et colorés et il porte un très beau message de tolérance. Il s'agit de...


La tournée de ce facteur passe par la savane, et va même jusqu'à la banquise. Pas étonnant que, parfois, il se mélange les pédales et ne donne pas le bon paquet à la bonne personne. Mais on ne lui en veut pas, c'est tellement bien de recevoir la visite du facteur !


Bonjour facteur, écrit par Michaël Escoffier et illustré par Matthieu Maudet, L'Ecole des Loisirs, collection Loulou & Cie, 2012, 26 pages, 9,70 €.


A vélo, ce facteur parcourt le monde en livrant des colis à des animaux des pays froids et des pays chauds, à la manière de la cigogne qui livre des bébés. Donc, ces colis contiennent ni plus ni moins les nouveau-nés des destinataires. Mais il arrive parfois que le facteur se trompe... Un formidable album sur l'adoption, la différence et la tolérance que je vous recommande mille fois. Les ouvrages de Michaël Escoffier et de Matthieu Maudet sont des valeurs sûres !

N.B. : la semaine prochaine sur le blog, ce sera une semaine spéciale albums jeunesse ! (autopromo, bonjour ^^)


Je vous souhaite de très belles lectures.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^









mercredi 6 décembre 2017

"Vivre vite" de Philippe Besson

Une étoile filante

"On n'échappe pas à son destin. Le sien était d'être une étoile et de passer comme une comète."



Présentation de l'éditeur :

Si célèbre soit-il, James Dean, symbole de la jeunesse éternelle, demeure toujours aussi insaisissable. Vivre vite, roman choral tout en nuances, dresse, à travers la voix de ses proches, le portrait intime d'un garçon de l'Indiana, inconsolable et myope, turbulent mais d'une beauté irrésistible, qui s'est donné à tous, sans jamais appartenir à personne : un acteur incandescent devenu, en trois films et un accident de voiture, une icône intemporelle.


Mon Avis 

Alors qu'aujourd'hui toutes les radios diffusent en continu les chansons de notre Johnny national, je vous parle d'une toute autre légende, bien connue dans le monde du cinéma américain, James Dean. En janvier 2015, l'écrivain Philippe Besson lui consacre un livre à l'occasion de l'anniversaire des soixante ans de la mort de l'acteur. Qui était James Dean, devenu icône en seulement trois films hollywoodiens ?
J'ai lu Vivre vite en lecture commune avec Pauline du blog Entre les pages





Dans ce roman choral (33 voix) aux chapitres courts, Philippe Besson retrace la vie trépidante de James Dean. La première voix est celle qui lui a donné la vie, sa mère, Mildred Dean née Wilson. La voix qui clôt le livre est celle de Donald Turnupseed, celui qui tua le célèbre acteur dans un accident de voiture. Parmi toutes ces voix se trouvent celles de sa famille, de ses professeurs, et d'autres très connues comme Elia Kazan, Marlon Brando, Elizabeth Taylor, Tennessee Williams. Tous ces personnages nous donnent un témoignage sur la vie fulgurante de James Dean. On apprend alors beaucoup sur lui. La mort prématurée de sa mère qui l'a énormément marqué, sa myopie sévère, son anémie, son amour pour la vitesse, son caractère sulfureux, ses relations amoureuses dont il se lassait vite, sa bisexualité.


La mort de sa mère, emportée par un cancer à 29 ans, aura été le choc de son existence. Même si la vie continue, dès l'âge de 9 ans, le chagrin ne cessera de le consumer. 


Avec Natalie Wood dans "La Fureur de vivre" (1955)

"Je pense qu'on ne survit pas à la mort de sa mère. Bien sûr, on continue à respirer de l'air, à grandir, à sourire. Mais c'est mort à l'intérieur. On a quelque chose de mort à l'intérieur."
(page 35)

Sa mère, qui l'a poussé à exercer des activités artistiques dès le plus jeune âge (violon, claquettes, théâtre), a eu une courte existence. Ainsi, peut-être inconsciemment, le jeune homme aura à cœur de vivre vite, de ne pas perdre de temps, "de faire les choses rapidement". Il sera ambitieux de bonne heure. Il fera tout pour devenir acteur, contre l'avis de son père. Il veut se dépasser et égaler Marlon Brando, qu'il admire. En trois films (notamment avec Natalie Wood et Elizabeth Taylor) et un accident tragique de la route à 24 ans, il est devenu une légende du cinéma américain. 

Avec Elizabeth Taylor dans "Géant" (1956)

Philippe Besson dresse un portrait complet de l'acteur avec précision. Ce mélange de biographie et d'éléments romanesques est habilement mené. Chaque personnage a une perception personnelle de James Dean, et ainsi on découvre son génie, son caractère changeant, ses travers, sous des angles différents.

"Dean était incroyablement talentueux. Quand il décidait de murmurer ou de marmonner son dialogue au lieu de le dire à intelligible voix, c'était une trouvaille de génie. Quand il changeait une réplique alors que la caméra avait déjà commencé à tourner, la plupart du temps il avait raison. Quand il sombrait dans la violence pure, ses partenaires étaient abasourdis et déroutés, mais derrière la caméra, ça donnait des scènes d'anthologie.
Alors je lui pardonnais ses frasques. On pardonne tout aux types très doués." (page 164) 

En bref, dans Vivre vite, Philippe Besson dresse un portrait saisissant de la légende James Dean, sur tous ses aspects. Acteur de génie, mais aussi extrêmement peiné par la mort de sa mère, ambitieux, capricieux, susceptible, ambigu, ce personnage ne laisse pas indifférent. On apprend beaucoup sur cette icône à la vie fulgurante. C'est un livre émouvant qu'on dévore d'une traite. Il nous donne envie de regarder tous les films de l'acteur mi-ange mi-démon.




Vivre vite, de Philippe Besson, 10/18, janvier 2016, 210 pages, 7,10 €.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^





mardi 5 décembre 2017

"Eleanor Oliphant va très bien" de Gail Honeyman

Eleanor, atypique jeune femme,
hantée par son passé

"Quand le silence et la solitude m'enveloppent, m'oppressent et me rongent comme la glace, j'ai besoin de parler à voix haute, ne serait-ce que pour me prouver que je suis en vie."



Présentation de l'éditeur :

Eleanor Oliphant est un peu spéciale.
Dotée d'une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu'elle les pense, sans fard, sans ambages.
Fidèle à sa devise " Mieux vaut être seule que mal accompagnée ", Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d'une bouteille de vodka.
Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec " maman ".
Mais tout change le jour où elle s'éprend du chanteur d'un groupe de rock à la mode.
Décidée à conquérir de l'objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés, va lui faire repousser ses limites.
Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec " maman ", Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d'un ami...


Mon Avis 

Je me suis complètement trompée sur Eleanor Oliphant. Je pensais avoir à faire à une sorte de Bridget Jones, à quelqu'un de loufoque, décalé, qui avait juste besoin d'un coup de pied aux fesses pour qu'elle cesse de se plaindre et de se goinfrer tous les soirs devant la télévision.
Non, Eleanor n'est pas comme cela. Elle a trente ans, elle est comptable dans une entreprise de design graphique, elle nous dit qu'elle a un physique plutôt moyen et elle est célibataire. D'accord, mais en quoi est-elle différente de l'héroïne d'Helen Fielding ? Elle est plongée dans une solitude morne et permanente. Elle n'a pas d'amis, pas de famille, hormis sa mère qu'elle appelle tous les mercredis soirs. Elle boit ses deux bouteilles de vodka qu'elle étale sur le week-end, "pour n'être jamais ni soûle ni sobre". En outre, Eleanor est très intelligente. Férue de mots croisés et curieuse de tout, elle est dotée d'une culture générale très riche. Jane Eyre et Raison et sentiments comptent parmi ses romans préférés. Parfois, son franc-parler et son manque de tact créent des situations cocasses. 


"Mon téléphone ne sonne pas souvent, je sursaute quand ça arrive et, la plupart du temps, ce sont des gens qui me demandent si j'ai souscrit une assurance crédit protection. Je murmure : "Je sais où vous habitez", et je raccroche délicatement." (page 16)

Néanmoins, ces passages peuvent être drôles, mais ils nous semblent beaucoup plus sérieux lorsqu'Eleanor évoque sa souffrance, celle d'être toujours seule chez elle. Elle ne reçoit aucun coup de fil. Personne ne vient la voir. Elle n'a jamais d'invité. Eleanor, lorsqu'elle parle de sa souffrance, est terriblement attachante. On comprend que c'est un personnage profondément triste et hantée par son passé, dont elle n'en parle que par bribes.

"Il y a des jours où je me sens si peu attachée à la Terre que les fils qui me relient à la planète sont fins comme ceux d'une toile d'araignée, comme du sucre filé. Une grosse bourrasque suffirait à m'en détacher ; je m'élèverais et serais emportée comme des aigrettes de pissenlit." (page 16)

A cause de cette solitude qui la ronge, Eleanor ne connaît pas tout à fait les codes en ce qui concerne les relations avec les autres, ce qui la rend maladroite dans ses propos.

Passé tourmenté

Eleanor ne confie pas son passé d'un bloc au lecteur. Elle parvient à lui en dire plus en disséminant des indices ici et là, dans le récit. Pourquoi avait-elle un œil au beurre noir, un bras cassé et quelques dents en moins lorsqu'elle a passé son entretien d'embauche, comme on l'apprend dès les premières lignes ? Pourquoi se qualifie-t-elle de femme repoussante ? Pourquoi entretient-elle une relation si compliquée avec sa mère ? Eleanor ne se confie pas totalement à nous. Elle évoque des brefs épisodes de son enfance, nous parle de la ressemblance de sa vie avec celle de Jane Eyre, mais elle ne s'y attarde pas. Comme si elle était encore sous le choc. On la sent poursuivie, hantée par son lourd passé.

Transformation

Un événement majeur va survenir dans la vie réglée d'Eleanor : elle tombe amoureuse d'un chanteur d'un groupe de rock local. Elle le sait, c'est l'homme de sa vie. Soudainement, elle va d'elle-même changer le cours de son existence : elle achète un ordinateur avec une connexion internet, elle lit de la presse féminine, elle va chez l'esthéticienne, le coiffeur, etc. Mais même si certains passages sont drôles (notamment chez l'esthéticienne), le mal-être d'Eleanor n'est pas totalement dissipé. Elle a besoin d'autre chose en plus. Quelque chose de primordial.

"J'ai toujours été fière de mener ma barque seule. Je suis une survivante - je suis Eleanor Oliphant. Je n'ai besoin de personne, il n'y a pas de grand vide dans mon existence, il ne manque aucune pièce dans mon puzzle. Je suis autosuffisante."
(page 19)

L'espoir

Eleanor croise sur son chemin Raymond, son nouveau collègue informaticien, un jeune homme qu'elle qualifie gentiment de "porcin". Et pourtant, cette rencontre est un tournant dans sa vie, et cette amitié va en engendrer d'autres. Et alors qu'Eleanor est hantée par son passé douloureux, murée dans une profonde solitude, la jeune femme entrevoit, avec ces nouvelles relations, un avenir beaucoup plus riche et serein. Cependant, arrivera-t-elle à se délivrer de son passé ? Pourra-t-elle le dépasser et vivre enfin la vie qu'elle aura choisie ? Et réussira-t-elle à conquérir le cœur de son musicien ?


En bref, Eleanor Oliphant va très bien est un livre bouleversant, avec un personnage central inoubliable et férocement attachant. Eleanor est surprenante. On ne s'attendait pas à se trouver face à une jeune femme qui, sous ses airs de vieille fille, souffre terriblement, accablée par le chagrin et la solitude. C'est un roman parfois drôle (franchement très drôle quelques fois) et émouvant, faisant la part belle à l'espoir, à l'amitié. Et à l'amour.






Eleanor Oliphant va très bien (Eleanor Oliphant Is Completely Fine), de Gail Honeyman, traduit de l'anglais (Ecosse) par Aline Azoulay-Pacvon, Fleuve Editions, 432 pages, septembre 2017, 19,90 €, format numérique : 14,99 €.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^