lundi 23 octobre 2017

C'est Lundi, que lisez-vous ? #67

C'est l'heure du célèbre rendez-vous "C'est lundi, que lisez-vous ?", inspiré de It's Monday, What are you reading ?, repris par Galleane. Le récapitulatif des liens se fait sur son blog.


Chaque lundi, on répond à trois questions :
1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment ?
3. Que vais-je lire ensuite ?


La semaine dernière, j'ai lu :



J'ai alterné ma lecture actuelle avec le sanglant Feed de Mira Grant. Je m'attendais à une histoire très sanguinolente avec des hordes de zombies, et à vrai dire, ce livre me faisait peur avant de le commencer. Finalement, j'ai été surprise de constater que ce roman a une dimension politique très importante.
Nous sommes en 2040 dans un monde partagé entre zones infestées par des zombies et zones "clean", dans lesquelles vivent presque normalement des gens comme vous et moi. Dans ce monde, les zombies pullulent depuis 2014, précisément depuis ce qu'ils appellent "le Jour des Morts". Georgia et Shaun sont des bloggeurs assez célèbres qui ont l'honneur de suivre un candidat à la présidence des Etats-Unis. Mais des attaques de zombies inhabituelles vont susciter la curiosité de nos héros...
Bref, même si le côté politique m'a légèrement ennuyée par moments, la société imaginée par l'auteure est tout de même cohérente. C'est même d'un réalisme déconcertant. Les zombies sont moins présents que ce que j'avais imaginé. Mais le problème, c'est que je ne me suis pas attachée aux personnages principaux... Donc, un bilan assez mitigé pour moi.



En ce moment, je lis :

Victor Hugo est un grand, un immense écrivain. Tout le monde le reconnaît. Mais que sait-on de l'homme, de l'époux, de l'amant ? Et d'abord de l'enfant, écartelé entre son père soldat et sa mère vendéenne, tous deux se déchirant sur la garde de leurs trois fils.

À douze ans, Victor écrit ses premiers poèmes, à quatorze il veut " être Chateaubriand ou rien ", à dix-huit ans l'Académie française le célèbre, déjà, et déjà ses colères politiques présagent de son avenir !

Car il sera de tous les combats, dénonçant la misère du peuple, luttant contre la peine de mort, contre les injustices, visitant les prisons, les bagnes...

Lors du coup d'état du 2 décembre 1851, il monte sur les barricades. Menacé de mort, il devra fuir, d'abord en Belgique, puis à Jersey et à Guernesey où la vie se réorganise en famille avec, à ses côtés, sa fidèle maîtresse, Juliette, qui recopie inlassablement ses manuscrits.

Un portrait fascinant qui éclaire de l'intérieur ce siècle passionnant que fut le XIXe siècle, naissant de la Révolution pour mettre au monde la République.

Je le termine !


Mes prochaines lectures :




Articles publiés la semaine dernière :


Je vous souhaite une excellente semaine pleine de très belles lectures...

A bientôt pour une prochaine chronique ^^




dimanche 22 octobre 2017

Premières lignes #12 : "Victor Hugo vient de mourir" de Judith Perrignon

Ce rendez-vous hebdomadaire a été créé par Ma Lecturothèque.

Le principe est simple : il s’agit de présenter chaque semaine l’incipit d’un roman.

Ce rendez-vous est très intéressant car il nous permet de découvrir en quelques lignes un style, un langage, un univers, une atmosphère.

On choisit le livre que l'on veut : un coup de cœur, une lecture actuelle, un livre de sa PAL, un emprunt à la bibliothèque...


Suite à l'incipit de la biographie de Victor Hugo par Max Gallo la semaine dernière, je me suis demandée si les premières lignes du très court livre de Judith Perrignon, Victor Hugo vient de mourir, vous intéresserait... Ce serait une belle façon de tourner la page... avant de rédiger mes chroniques. :) 


Le poète vient de rendre son dernier souffle et, déjà, la nouvelle court les rues, entre dans les boutiques, les ateliers, les bureaux. Paris est pris de fièvre. Chacun veut rendre un dernier hommage et participer aux obsèques nationales qui mèneront l'Immortel au Panthéon. Deux millions de personnes se presseront sur le parcours du corbillard en ce jour de funérailles intense et inoubliable.
D'un événement historique et en tout point exceptionnel naît un texte intime
et épique où tout est vrai, tout est roman.


       Ils ont déjà peur, le désordre vient si vite.
      Depuis la veille, les officiers de paix en faction devant l'hôtel particulier récupèrent les bulletins médicaux dans le vestibule. Ils en font des rapports qui finissent sur les bureaux de la préfecture. Ils sont signés Féger, chef de la brigade du 16e arrondissement. "Nuit relativement calme", dit le dernier, publié à sept heures trente ce matin.
     Mais dans Paris, partout les crieurs de journaux annoncent la fin. Au point qu'un commissaire de police s'en inquiète, envoie un télégramme au cabinet du préfet : ne faut-il pas les interdire ? Ce matin même, rue Charlot, un opticien a demandé à un gardien de la paix d'interpeller le colporteur du Cri du peuple qui hurlait les derniers instants. Il ne voulait rien entendre de tel, il a bouclé sa boutique, escorté l'agent et le vendeur jusqu'au commissariat. Nom prénom adresse ? Lefèbre Théodore, trente-neuf ans, passage du Génie, numéro 10, a bougonné le crieur. Un peu plus tard, même scène rue Saint-Martin : un brigadier est accosté par plusieurs personnes indignées qui lui désignent l'homme qui marche, journal à bout de bras, messager de l'inéluctable. Tout autour la foule est comme la porcelaine, soudain fragile, monsieur l'agent, arrêtez-le, faites-le taire ! Elle voudrait retenir les jours, même s'il n'en reste que trois, que deux, même si c'est pour demain. Encore une fois, le brigadier mène le vendeur devant un commissaire de police. Nom prénom adresse ? Saloizi Adolphe, rue de Crimée, 76, répond le colporteur. Le commissaire le sermonne puis le renvoie dans la rue. Rien d'illégal, ni le journal, ni ce qu'il raconte : Victor Hugo va mourir.


Victor Hugo va mourir, Judith Perrignon, Pocket, janvier 2017, 168 pages, 5,95 €.


Je vous souhaite un très bon dimanche !

A demain ^^




vendredi 20 octobre 2017

"Le Camp des autres" de Thomas Vinau

"Aux réfugiés et aux refuges"


"Elle est alors devenue le refuge de ceux qui se refusaient à l'homme et de tous ceux que l'homme refusait.
Elle est l'autre camp. Le camp des autres."





Présentation de l'éditeur

Un roman éblouissant sur la liberté de l'enfance, la nature et l'insoumission. Ou comment Gaspard, l'enfant de la forêt rencontre les personnages légendaires de la Caravane à Pépère qui défraya la chronique au début du XXe siècle.
Gaspard fuit dans la forêt. Il est accompagné d'un chien. Il a peur, il a froid, il a faim, il court, trébuche, se cache, il est blessé. Un homme le recueille. L'enfant s'en méfie : ce Jean-le-blanc est-ce un sorcier, un contrebandier, un timbré ? Une bande de saltimbanques surgit un beau matin. Ils apportent douze vipères pour que Jean-le-blanc en fasse des potions. L'enfant décidera, plus tard, de s'enfuir avec eux.
Cette aventure s'inspire d'un fait historique. En 1907, Georges Clémenceau crée les Brigades du Tigre pour en finir avec " ces hordes de pillards, de voleurs et même d'assassins, qui sont la terreur de nos campagnes ". Au mois de juin, la toute nouvelle police arrête une soixantaine de voleurs, bohémiens, trimardeurs et déserteurs réunis sous la bannière d'un certain Capello qui terrorisait et pillait la population en se faisant appeler la Caravane à Pépère. La démonstration de force de Clémenceau aboutira au final deux mois plus tard à de petites condamnations pour les menus larcins de cette confrérie errante de bras cassés.
"Je l'ai gardée au chaud cette histoire qui poussait, qui grimpait en nœuds de ronces dans mon ventre en reliant, sans que j'y pense, mes rêves les plus sauvages venus de l'enfance et le muscle de mon indignation. Alors j'ai voulu écrire la ruade, le refus, le recours aux forêts", explique Thomas Vinau à propos ce quatrième roman puissant, urgent, minéral, mûri trois ans durant.


Mon Avis

"Le givre fait gueuler la lumière. Lorsqu'il a voulu ouvrir les yeux, sa paupière gauche était encore collée par le sang. Il passe plusieurs minutes, mains en coupe autour du visage, à tenter de réchauffer lentement par son haleine la peau tuméfiée de ses joues, les croûtes sur ses arcades fendues, l'arc-en-ciel de coups sur sa petite tronche d'ange écrasée."


Vous avez lu ces quelques phrases. Les avez-vous appréciées ? Les avez-vous savourées ? Vous en voulez plus ? Je vous en parle maintenant.


Le nouveau roman de Thomas Vinau s'ouvre sur les quelques lignes ci-dessus. Ce premier passage m'a tellement subjuguée que je n'ai pas pu interrompre ma lecture jusqu'au tout dernier mot. Ce "il", c'est Gaspard, un jeune garçon dont on ne sait pratiquement rien. Cependant, on devine dès la première page qu'il s'est enfui de chez lui, qu'il a fui son père violent, que son chien l'a sauvé de ses griffes (et de ses coups de poings). Sans maison, avec pour seule compagnie son chien blessé, Gaspard erre dans les profondeurs de la forêt et tente de survivre. Dans Le Camp des autres, la forêt est animée. Elle est vivante, elle est pleine de couleurs et de sons. 

"Le noir tombe comme une couverture trop grande et à mesure que la lumière se tamise on entend toute une nouvelle musique qui monte entre les branches. Des bruits qui n'étaient pas là avant ou que personne n'écoutait. Les clochettes glacées de l'eau un peu plus loin. Les arbres qui font craquer leurs vertèbres. Le froissement des ailes et des feuilles mêlées. La terre qui se recroqueville en croustillant. Des fouissements dans les buissons." (page 29)

"Dans le ventre sauvage d'une forêt, la nuit est un bordel sans nom. Une bataille veloutée, un vacarme qui n'en finit pas. Un capharnaüm de résine et de viande, de sang et de sexe, de terre et de mandibules. Là-haut la lune veille sur tout ça." (page 31)


L'auteur souligne les rôles si particuliers de la forêt : berceau du monde, elle est crainte par les hommes. Mais elle est également et surtout, un refuge pour tous ceux qui sont rejetés, isolés. Il nous offre un formidable et saisissant hommage à la nature, à la forêt. Tout cela orchestré par une plume poétique riche, magnifique, brute. La structure, avec ses très courts chapitres (en moyenne une page et demi), rend la lecture aisée et prenante.

Gaspard et son chien, au bout de leurs forces, sont recueillis par Jean-le-blanc qui habite dans la forêt. Considéré comme un "sorcier", il fabrique des potions à base de plantes et de venin de serpent. "C'est la dose qui fait le poison", a-t-il conclu. De ce fait, si tu apprends à maîtriser les recettes, les doses et les effets, le venin t'obéira. Tu pourras tuer, blesser, endormir et même soigner. C'est pareil avec les plantes, les bêtes, les champignons". Il accepte de recueillir Gaspard à la condition qu'il devienne son apprenti. Le jeune garçon découvre un monde dense et fascinant. Jean-le-blanc lui révèle tous les secrets et les codes de la forêt, "une langue, une science et une œuvre d'art. Tout peut te sauver ou t'achever. Ici il n'y a pas de maître."

Mais Gaspard a une envie brûlante de liberté et d'identité. Il décide de suivre une bande constituée de déserteurs, de voleurs, d'anciens prisonniers évadés, qui se fait appeler "La Caravane à Pépère", "légion et mère des sans-légions et des sans-mères". Cette bande, qui a réellement existé entre 1906 et 1907, est dirigée par Jean Capello. Elle est bientôt traquée par les hommes de Clémenceau, qui veut en finir avec "ces hordes de pillards, de voleurs et même d'assassins".

"(...) ce peuple d'indomptés dont personne ne voulait, ne lui paraissait pas pire que les autres. Pas de démon, pas de cannibales, pas d'enfant volé ou donné aux porcs comme dans les histoires. (...) Juste des fuyards comme lui, qui ont plus d'un tour dans leur sac. Juste des nuisibles, éperdus et sans licol. Affamés. Prêts à prendre leur dû." (page 106).

Comme l'explique Thomas Vinau à la fin du roman, Le Camp des autres est né suite à la déclaration du ministre de l'Intérieur en 2013, lorsqu'il évoquait "l'incapacité du Rrom à s'adapter à nos modes de vie et sa vocation à retourner dans son pays". Le Camp des autres est une réaction impulsive et poétique face à la haine. Une ode magnifique dédiée aux réfugiés et aux refuges, aux "sans-famille", aux "sans-abri", aux "sans-papiers", aux "sans-patrie". 

En bref, Le Camp des autres est un roman sublime sur la liberté, sur ces exclus qui se refugient dans la forêt, un lieu tantôt effrayant, tantôt accueillant, un lieu où "il n'existe pas de maître". Ce roman est également une quête d'identité avec ce personnage de Gaspard qui tente de reconstruire sa vie après avoir subi la violence de son père. Le Camp des autres rend hommage aux exclus en mentionnant la bande de la Caravane à Pépère, poursuivie par les Brigades du Tigre de Clémenceau. On ne peut évidemment pas s'empêcher de faire le rapprochement avec notre époque à nous, à tout ce qui se passe actuellement...
Un roman magnifique écrit par un virtuose des mots. 



Merci aux éditions Alma et au Comité de lecture Cultura !

Le Camp des autres, Thomas Vinau, Alma, 24 août 2017, 194 pages, 17 €, format Kindle : 11,99 €.


Bonus : Allez visiter l'excellent blog de Thomas Vinau ici !


A bientôt pour une prochaine chronique ^^








jeudi 19 octobre 2017

Throwback Thursday livresque #50

Le Throwback Thursday livresque est un nouveau rendez-vous inspiré du "Throwback Thursday" d'Instagram, et créé par le blog BettieRose Books.
Le principe est simple : on partage chaque jeudi une lecture qui correspond à un thème donné.
Le récapitulatif des liens se trouve sur le blog BettieRose Books.

Le thème de cette semaine est :


Sanglant ou Nocturne



Je choisis Nocturne ! Et je l'avoue, je ne me suis pas trop creusé la tête... Je vais vous présenter un thriller français, un quatrième opus d'une saga assez célèbre. Il s'agit de...



Nuit de tempête en mer du Nord. Secoué par des vents violents, l'hélicoptère dépose Kirsten Nigaard sur la plate-forme pétrolière. L'inspectrice norvégienne enquête sur le meurtre d'une technicienne de la base off-shore.
Un homme manque à l'appel. En fouillant sa cabine, Kirsten découvre une série de photos. Quelques jours plus tard, elle est dans le bureau de Martin Servaz.
L'absent s'appelle Julian Hirtmann, le tueur retors et insaisissable que le policier poursuit depuis des années. Étrangement, sur plusieurs clichés, Martin Servaz apparaît. Suivi, épié.
Kirsten lui tend alors une autre photo. Celle d'un enfant.
Au dos, juste un prénom : GUSTAV
Pour Kirsten et Martin, c'est le début d'un voyage terrifiant.
Avec, au bout de la nuit, le plus redoutable des ennemis.

Nuit, Bernard Minier, XO Editions, février 2017, 528 pages, 21,90 €.

La conclusion de ma chronique : "Nuit est un thriller exaltant, une putain d'histoire rocambolesque, une épopée époustouflante sur la recherche d'un grand criminel et d'un enfant en danger. Des personnages complexes et troublants, un suspense maîtrisé, un décor angoissant, une atmosphère sombre, de l'action, des rebondissements, une fin stupéfiante. Une vraie réussite. Nuit est classé numéro 1 des ventes en ce moment, et je trouve que c'est amplement mérité. Encore une fois, bravo Monsieur Minier." 

La nuit prend une place conséquente dans l'intrigue, puisque les scènes cruciales se produisent... pendant la nuit. Tout ça pour une excellente raison : elle est chargée de symboles, elle est angoissante, source d'illusions, de peurs, de mélancolies ; et c'est aussi là que cohabitent rêves et cauchemars, raison et déraison. Elle y joue un rôle important dans le roman de Bernard Minier.

Ma chronique en intégralité


Je vous souhaite de belles lectures :)

A bientôt pour une prochaine chronique ^^





mercredi 18 octobre 2017

"Le Zoo" de Gin Phillips

Echapper à la mort, à n'importe quel prix

"Vers le milieu, plusieurs épouvantails sont tombés. Une demi-douzaine, soufflés par le vent, suppose-t-elle. Sauf que non, il n'y a pas eu de bourrasque. Et pourtant, les épouvantails sont renversés, éparpillés tout du long jusqu'à l'enclos des perroquets, et encore au-delà.
Non, pas des épouvantails. Pas des épouvantails."



Présentation de l'éditeur :


Le zoo est sur le point de fermer ses portes. Joan et son fils de quatre ans, Lincoln, sont dans leur coin préféré, à l'écart du chemin principal. Ils profitent des dernières minutes. Mais quand ils se dirigent vers la sortie, ce qu'ils découvrent transforme cette journée de rêve en cauchemar : des corps étalés sur l'herbe, des hommes armés de fusils. Sans réfléchir, Joan prend son enfant dans ses bras et court, jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à ce que ses muscles la brûlent.
Pendant trois heures, la mère et son fils vont se retrouver piégés avec les animaux et les tueurs. Pour sauver Lincoln, Joan est prête à tout... même au pire.


Mon Avis

Avec Le Zoo, l'auteure américaine Gin Phillips sort son tout premier thriller. Récompensé par le Prix Transfuge du meilleur polar étranger, et bientôt adapté au cinéma, le Zoo promet beaucoup. A-t-il été à la hauteur de mes espérances ? 



Les premières pages nous baignent d'emblée dans une atmosphère très tranquille, avec une mère et son enfant de 4 ans qui joue avec ses figurines de super-héros, dans un coin retiré d'un zoo. L'heure de fermeture du zoo approche. Joan tente de faire comprendre doucement à Lincoln qu'il doit s'arrêter de jouer lorsqu'elle entend des bruits étranges au loin :

"Alors qu'il parle, un bruit sec, violent, retentit dans les bois. Deux bangs très forts, et puis plusieurs autres. On dirait des ballons qui éclatent. Ou des feux d'artifice. (...) Peut-être une animation pour Halloween ? (...) Un transformateur aurait-il sauté ? Ou peut-être y avait-il des travaux quelque part, un marteau-piqueur ?
Il y a un autre bang. Et puis un autre, et encore un autre. Ca paraît trop fort pour être des ballons, trop espacé pour être un marteau-piqueur. Les oiseaux se taisent, mais les feuilles continuent à tomber." (pp. 18-19)

Lincoln ne se rend compte de rien, mais Joan, dont on suit le point de vue, réalise l'impensable en rejoignant la sortie du zoo :


"Elle voit bouger un bras. Un corps beaucoup trop petit pour être un épouvantail. Une jupe, remontée de façon indécente sur une hanche pâle, des jambes fléchies.
Elle relève lentement les yeux, mais quand elle regarde au loin, derrière les formes allongées par terre, après les perroquets, vers le long bâtiment bas avec les toilettes publiques et les portes marquées RÉSERVÉ AU PERSONNEL, elle voit un homme debout, immobile à côté de la fontaine à eau. Il lui tourne le dos. Il est en jean et tee-shirt noir. Il a les cheveux bruns ou noirs, et à part cela elle ne voir pas les détails, sauf un, quand il finit par bouger : il donne un coup de pied dans la porte des toilettes, son bras remonte pour la rattraper, et elle voit qu'il tient une arme à feu dans la main droite, une espèce de fusil, long et noir, dont le bout étroit monte comme une antenne derrière sa tête sombre alors qu'il disparaît entre les murs vert pâle
des toilettes pour femmes.
Elle pense repérer un autre mouvement du côté des perroquets, un autre personnage encore debout, mais elle n'en voit pas davantage car à cet instant elle se détourne.
Elle attrape Lincoln, le soulève – les jambes du garçon se balancent lourdement -, et le dépose sur sa hanche, sa main droite serrée autour de son poignet gauche sous les fesses de l'enfant, lui offrant une sorte de siège.
Elle se met à courir. »
(pp. 30-31)

Et là, tout bascule. L'atmosphère tranquille du début n'existe plus. On est propulsés dans une ambiance anxiogène, où la tension est permanente. Nous suivons Joan dans ses réflexions, elle qui ne pense qu'à mettre son fils à l'abri. 

"Non. Ils n'arriveront à rien en courant. Il faut qu'ils se cachent si bien que personne ne pourra les voir, même en passant tout à côté d'eux. Il leur faut un terrier de lapin.
Un bunker.
Un passage secret." (page 37).


Elle se raccroche à ses souvenirs qui l'aident à affronter la peur qui veut la paralyser. Elle sait qu'ils sont traqués, qu'ils sont pistés, qu'ils sont poursuivis par des tueurs dont elle ne sait strictement rien. 


Le visage du zoo, si agréable avec son décor d'Halloween, change pour revêtir une apparence beaucoup plus malsaine. Le thème de "SOS Fantômes" et autres musiques d'Halloween retentissent dans un endroit déserté et de plus en plus sombre. 

Le bruit devient leur pire ennemi. Outre cette musique forte, insupportable qui résonne dans les haut-parleurs, les voix des personnages sont constamment réduites au chuchotement ou au silence. Il faut se cacher et se taire. Difficile quand on a un petit garçon de 4 ans... Joan, par bonheur, est un personnage courageux et qui a du sang-froid. Elle sait le calmer par des stratagèmes, sans s'énerver, sans le brusquer. 
Le bruit est un danger. Les respirations, les bruits de pas créent en nous une angoisse latente lorsque nos personnages trouvent enfin un refuge. Le silence est lourd, pesant. L'attente est insoutenable. 

"Elle entend sa propre respiration et le bruit de ses pas, aussi discret que possible, elle entend aussi le vent, la rumeur de la circulation pas très loin, et les feuilles qui frémissent sur les branches - tous les bruits de fond qu'elle ne se donne jamais la peine d'écouter. Elle en a besoin, car Lincoln ne sera jamais tout à fait silencieux. C'est un bon garçon, mais on ne peut pas espérer qu'il reste parfaitement muet, et s'ils se faisaient tuer à cause d'un seul et unique soupir ?"
(page 41).

Le danger, c'est aussi les autres. Joan et Lincoln croiseront d'autres visiteurs du zoo, qui peuvent tous représenter une menace : par le bruit qu'ils peuvent faire, par les choix qu'ils font, par leurs comportements.

Et Joan devra elle aussi faire des sacrifices pour protéger son fils. Elle fait confiance à ses instincts. Dans ce zoo, elle redevient animale, portant constamment son fils sur sa hanche. Joan n'est pas surhumaine à l'instar des super-héros de son fils. Elle agit en tant que mère, avec en tête un seul objectif : protéger Lincoln. 

Ce thriller dont l'action se déroule sur un laps de temps très court, est diablement efficace : une tension permanente, une atmosphère lourde, un sentiment d'angoisse qui va crescendo. Le personnage de Joan est une réussite. En tant que parent, en tant que mère, on s'attache immédiatement à ce personnage, qui ne cède pas à la panique, qui fait preuve d'un sang-froid admirable face à l'horreur disséminée dans ce zoo. Le lien fusionnel qu'elle entretient avec son fils est touchant. 

En bref, Le Zoo tient ses promesses. C'est un excellent thriller au rythme haletant, à l'atmosphère lourde et angoissante. Le zoo, lieu divertissant et agréable, est transformé en un endroit dangereux et sinistre avec sa musique d'Halloween tonitruante qui s'échappe des haut-parleurs. Joan, mère courageuse et dotée d'un sang-froid admirable, devient animale, suit ses instincts, pour protéger Lincoln, son fils de 4 ans. Le danger est partout : les tueurs les pourchassent, le bruit peut trahir leur présence, les autres visiteurs sont susceptibles de les mener à leur perte. Finalement, qui sont ces hommes ? Joan et Lincoln vont-ils s'en sortir ? Gin Phillips signe ici une intrigue originale et prenante qui prend aux tripes. Une excellente lecture que je ne peux que vous recommander.




Le Zoo (Fierce Kingdom), de Gin Phillips, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Dominique Haas, Robert Laffont, Collection La Bête Noire, sorti le 21 septembre 2017, 304 pages, 18,90 €, format Kindle : 13,99 €.



Bonus : le book-trailer (VO) 




A bientôt pour une prochaine chronique ^^



mardi 17 octobre 2017

[Tag PKJ] #16 : les livres préférés

Voilà, voilà. Dès que Madame PKJ concocte un super tag, c'est plus fort que moi : il faut que j'y réponde coûte que coûte et tant pis pour ma chronique en cours d'écriture. Et puis, comment résister : le thème d'aujourd'hui, ce sont les livres préférés ! Alors, trêve de bla bla et passons aux choses sérieuses !
Comme d'habitude, pour répondre à ce tag, il suffit juste de proposer des réponses différentes pour chaque question et de n'avoir qu'une seule réponse par question.






1) Quel est votre livre one-shot préféré (livre en un seul volume qui n'a pas de suite) ?



Une évidence ! ^^


2) Quelle est votre série préférée? (Si vous répondez Harry Potter, citez également votre 2e série livresque préférée)

Euh... Harry Potter ^^ (Madame PKJ avait anticipé ma réponse)
et...



3) Quel est votre auteur préféré ?

Trop difficile !... Il y en a plusieurs, mais je choisis l'écrivain mis à l'honneur par Max Gallo (ma lecture actuelle) : Victor Hugo.



4) Quelle est votre meilleure lecture de l'année en cours ?



5) Citez un livre dont vous n'attendiez pas grand chose et qui est finalement devenu l'un de vos livres préférés.




6) Quel est votre PKJ préféré ?





7) Quel livre conseillez-vous souvent autour de vous ?


J'ai beaucoup parlé de lui ici et sur les RS ! ^^


8) Quel était votre livre préféré lorsque vous étiez enfant ?


J'ai lu et relu ce joli roman une dizaine de fois tellement je l'ai aimé. Si cela vous intéresse, j'en ai parlé dans un ancien TBTL.


9) Citez un de vos livres préférés dans un genre que, normalement, vous aimez moins.



J'ai été bluffée par la plume de Samantha Bailly, dans ce registre de la romance fantastique.




10) Citez un de vos livres préférés que peu de gens connaissent.





Ma chronique arrive prochainement !



N'hésitez pas à reprendre ce tag ou à y répondre en commentaire !

Je vous souhaite de très belles lectures.

A bientôt pour une prochaine chronique ^^





lundi 16 octobre 2017

C'est Lundi, que lisez-vous ? #66

C'est l'heure du célèbre rendez-vous "C'est lundi, que lisez-vous ?", inspiré de It's Monday, What are you reading ?, repris par Galleane. Le récapitulatif des liens se fait sur son blog.


Chaque lundi, on répond à trois questions :
1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment ?
3. Que vais-je lire ensuite ?


La semaine dernière, j'ai lu :




Voilà un thriller que je n'oublierai pas de sitôt tant il est diabolique. Dans ce jeu de télé-réalité dans lequel huit condamnés à mort doivent ruser et survivre dans un ancien sanatorium hanté de Waverly Hills, l'auteure nous amène à nous interroger : ces prisonniers sont des monstres, mais ceux qui sont aux manettes de ce jeu et ceux qui le regardent sont-ils eux aussi monstrueux à leur manière ? Armelle Carbonel excelle dans l'art de raconter et de nous donner des sueurs froides. J'ai adoré ma lecture ! Je l'ai lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge de Guimause (mais c'est aussi une lecture idéale pour Halloween !).



En ce moment, je lis :

Victor Hugo est un grand, un immense écrivain. Tout le monde le reconnaît. Mais que sait-on de l'homme, de l'époux, de l'amant ? Et d'abord de l'enfant, écartelé entre son père soldat et sa mère vendéenne, tous deux se déchirant sur la garde de leurs trois fils.

À douze ans, Victor écrit ses premiers poèmes, à quatorze il veut " être Chateaubriand ou rien ", à dix-huit ans l'Académie française le célèbre, déjà, et déjà ses colères politiques présagent de son avenir !

Car il sera de tous les combats, dénonçant la misère du peuple, luttant contre la peine de mort, contre les injustices, visitant les prisons, les bagnes...

Lors du coup d'état du 2 décembre 1851, il monte sur les barricades. Menacé de mort, il devra fuir, d'abord en Belgique, puis à Jersey et à Guernesey où la vie se réorganise en famille avec, à ses côtés, sa fidèle maîtresse, Juliette, qui recopie inlassablement ses manuscrits.

Un portrait fascinant qui éclaire de l'intérieur ce siècle passionnant que fut le XIXe siècle, naissant de la Révolution pour mettre au monde la République.

C'est un énorme pavé de 816 pages ! Je pense le lire en deux semaines, voire trois... Cependant, j'apprends beaucoup de choses sur cet immense écrivain et j'en suis ravie :)


Mes prochaines lectures :



Articles publiés la semaine dernière :


Je vous souhaite une excellente semaine pleine de belles lectures...

A bientôt pour une prochaine chronique ^^





dimanche 15 octobre 2017

Premières lignes #11 : "Victor Hugo" de Max Gallo

Ce rendez-vous hebdomadaire a été créé par Ma Lecturothèque.

Le principe est simple : il s’agit de présenter chaque semaine l’incipit d’un roman.

Ce rendez-vous est très intéressant car il nous permet de découvrir en quelques lignes un style, un langage, un univers, une atmosphère.

On choisit le livre que l'on veut : un coup de cœur, une lecture actuelle, un livre de sa PAL, un emprunt à la bibliothèque...

Que diriez-vous de lire les premières lignes de la préface de Victor Hugo par Max Gallo ? Je suis en train de lire cette énorme biographie de plus de 800 pages, et pour l'instant j'adore ma lecture ! C'est parti.




PROLOGUE


Oh ! cette double mer du temps et de l'espace
Où le navire humain toujours passe et repasse...


     Cet homme vêtu de noir qui écrit debout, près d'une fenêtre ouverte, c'est Victor Hugo, un jour du mois de mai 1830.
     Il a eu vingt-huit ans le 26 février.
     Ses cheveux mi-longs, châtain clair, sont rejetés en arrière. Le front ainsi dégagé est vaste, bombé. Le visage aux traits réguliers est empâté et le col blanc de la chemise autour duquel est nouée une large cravate serre un cou gras qu'un début de double menton masque en partie. Tout le corps d'ailleurs paraît lourd. Le gilet, échancré, aux vastes revers, forme de nombreux plis autour de la taille.

    Victor Hugo, enveloppé dans ces vêtements amples, donne l'impression d'un homme installé, d'un notable engoncé dans sa réussite, sa chaîne d'or s'échappant du gilet.
    Et cependant le visage, un peu enflé, conserve quelque chose d'enfantin. Le regard n'exprime aucune arrogance, plutôt de la lassitude, presque de la tristesse. La peau est blafarde.
    Tout dans cette silhouette, ce costume, suggère la gravité, la solennité, l'acceptation ennuyée plus que satisfaite de la renommée.
      Il est le poète comblé des Odes et Ballades, des Orientales, l'auteur de Cromwell, une première œuvre conçue pour la scène - mais les personnages et les rebondissements sont si nombreux qu'elle n'a pu être jouée. Cependant, elle a été lue, discutée, louée. Sa préface a fait figure de manifeste. On a attendu avec impatience les pièces suivantes de l'auteur. L'année précédente, il a écrit Marion de Lorme, acceptée le 14 juillet 1829 par le Théâtre-Français, et interdite par la censure. Que d'égards cependant pour Victor Hugo ! Le roi Charles X a longuement reçu celui qu'il avait invité à son sacre, à Reims, en 1825. Il n'est pas loin de penser ce que Hugo avait écrit dans la préface de Marion de Lorme : rien n'interdit de voir apparaître "un poète qui serait à Shakespeare ce que Napoléon est à Charlemagne" ! Hugo, bien sûr !
     Il s'est donc remis au travail. Et il y a trois mois, la veille même de son vingt-huitième anniversaire, le 25 février, son nouveau drame, Hernani, a été joué au Théâtre-Français, faisant de l'auteur le prince de la jeunesse romantique. Elle s'est battue pour Hernani, guidée par Théophile Gautier, Alexandre Dumas. 
     Le lendemain de la représentation, Hugo a même reçu une lettre de Chateaubriand :
     "J'ai vu, Monsieur, écrit l'auteur le plus célèbre du temps, la première représentation de Hernani. Vous connaissez mon admiration pour vous. Ma vanité s'attache à votre lyre, vous savez pourquoi. Je m'en vais, Monsieur, et vous venez. Je me recommande au souvenir de votre muse. Une pieuse gloire doit prier pour les morts."
     Qu'espérer de plus quand on a noté, à quatorze ans, dans son journal, à la date du  juillet 1816 : "Je veux être Chateaubriand ou rien" ?
     On a vingt-huit ans et "on est".


Je vous souhaite un très bon dimanche et de belles lectures.

A demain ^^




vendredi 13 octobre 2017

"Par le vent pleuré" de Ron Rash

Abel, Caïn et la sirène

"Il y a certains choix que l'on fait et dont on a connaissance, pour toujours, jusqu'à son dernier soupir - il ne s'agit là, évidemment, que des mauvais choix."



Présentation de l'éditeur :

Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d'ossements, ayant appartenu à une jeune femme. Elle s'appelait Ligeia, et personne n'avait plus entendu parler d'elle depuis un demi-siècle.
1969 : le summer of love. Ligeia débarque de Floride avec l'insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. C'est l'époque des communautés hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead. Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d'un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et emporter dans le tourbillon des tentations. Le temps d'une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu'elle était apparue.
À son macabre retour, les deux frères vont devoir rendre des comptes au fantôme de leur passé, et à leur propre conscience, rejouant sur fond de paysages grandioses l'éternelle confrontation d'Abel et de Caïn.


Mon Avis

Il lui a fallu plus de quarante ans pour qu'elle se libère de cette coquille de bâche bleue, ensevelie par la terre et l'eau. Elle est enfin libre. Elle a regagné les flots, elle se déverse dans le courant de la rivière et semble poursuivre sa course vers la mer. La sirène Ligeia, jeune fille disparue il y a quarante-six ans de cela, sort de l'oubli.


De nos jours, au cœur de la région des Appalaches, Eugene apprend dans le journal que des ossements ayant appartenu à Jane Mosely ont été retrouvés près de la rivière, à Sylva, la ville où il vit et où il a grandi. Les souvenirs remontent à la surface. Eugene plonge dans son passé et revit sa rencontre avec cette jeune fille qui se faisait appeler Ligeia, durant l'été 1969. Il se souvient de cette très belle hippie qui débarquait tout juste de Floride.
Eugene est élevé avec son frère aîné Bill par son grand-père, médecin de la ville paisible où ils vivent. Bill, influencé par son grand-père, est un garçon brillant promis à une grande carrière de chirurgien. Eugene est littéraire, écrit des poèmes, lit du Hemingway, du Steinbeck, mais surtout du Thomas Wolfe. Alors que leur grand-père installe un climat tyrannique et inflexible, Ligeia leur ouvre véritablement les portes de la liberté. Une rivalité va naître entre les deux frères, et Eugene, habitué à s'effacer derrière son frère, va peu à peu s'affirmer et s'affranchir de ce grand frère favori du grand-père. Cependant, Ligeia est partie comme elle est apparue : soudainement. Ce gros titre du journal l'interpelle : qu'est-il arrivé à Ligeia ? Bill peut-il répondre à cette question, lui qui a vu Ligeia vivante pour la dernière fois ? Aujourd'hui, Eugene, devenu rentier et alcoolique, demande des comptes à son frère, grand chirurgien de son état.

"Ses bras étaient langoureusement posés sur le rocher plat, la tête et les épaules hors de l'eau, le haut du bikini vert au ras de la surface. Sa longue chevelure rousse mettait en valeur ses yeux bleu-vert et son teint parfait. De près, elle paraissait plus jeune, plus proche de mon âge que de celui de mon frère. Des perles aux couleurs vives entouraient son cou. Des love beads, c'était leur nom, je le savais. Accroché au collier hippie, il y avait un symbole de paix de la taille d'une petite pièce de monnaie. Elle a levé une main pour ramener ses cheveux dégoulinants derrière ses oreilles, et ainsi découvert le croissant pâle d'un sein. J'ai détourné le regard, sentant
mes joues s'empourprer." (pp. 24-25).

La dualité entre Eugene et Bill est fascinante. L'un est inspiré par les lectures de sa mère :  il est influencé par la littérature, par Twain, Poe, London, Hemingway, Austen et Steinbeck, et sa sensibilité et sa créativité vont l'amener sur un chemin plus intellectuel, plus littéraire, plus artistique. Bref, tout ce dont le grand-père a horreur. Il préfère Bill, qu'il façonne peu à peu à sa manière, lui transmettant rudesse et goût du travail bien fait : c'est en effet Bill qui recoud les blessures des patients du grand-père, avec perfection. On est en 1969, et les deux garçons ne savent pratiquement rien du contexte actuel, de la guerre du Vietnam et des communautés hippies, de cette culture américaine si particulière qui navigue entre conservatisme et contre-culture. Ligeia est le personnage qui va bouleverser la vie des deux frères. Elle offre à Eugene les plaisirs adolescents en lui faisant découvrir la musique de l'époque (Grateful Dead, The Doors, etc.), l'ivresse, l'amour. Son caractère instable et manipulateur fascine Eugene et peu à peu, il s'affirme face à son frère. Mais son absence soudaine et inexpliquée vont avoir un impact fort sur sa vie d'adulte. 

Le titre, Par le vent pleuré, reprend les mots de l'écrivain américain méconnu, Thomas Wolfe, très apprécié par Eugene et sa mère. Il reflète bien cette dimension de l'oublié, qui "ressuscite" (The Risen est le titre VO). Cette thématique de l'oubli est importante, car Bill veut oublier ce qu'il s'est passé, contrairement à Eugene qui lui veut savoir, veut rendre justice à celle qu'il a aimée. Par le vent pleuré parle d'un duel entre deux frères que tout oppose. Bill a réussi, Eugene a échoué. Bill a une famille, Eugene a perdu la sienne en étant la cause d'un terrible accident. La réapparition macabre de Ligeia lève le voile en confrontant les personnages à leurs passés, à leurs erreurs. 

"C'est là que les romans se trompent si souvent, se trompent sciemment, a-t-elle remarqué lorsqu'elle a rouvert les yeux. On fait certains choix et l'on s'éteint sans avoir jamais pu vérifier s'ils étaient bons ou mauvais. Quand votre père est mort, je ne savais pas comment continuer. (...) je ne vous disais jamais combien je l'aimais ni combien il me manquait, ni tout ce que je voyais de votre père en vous. (...) Mais aujourd'hui je me dis que j'aurais peut-être dû, que le pire c'était de ne pas dire combien je l'aimais, car, même si votre père n'était plus en vie, vous auriez su que l'amour qui vous avait amenés dans ce monde était encore vivant en moi, et donc qu'une partie
de lui n'était pas morte." (page 35)

C'est un roman noir sur la famille, le deuil, l'emprise, l'oubli. Il est court certes mais il n'en fallait pas plus tant ce roman est magnifiquement bien écrit. Il est fort émotionnellement et soulève des thématiques qui peuvent que nous toucher. Je ne connaissais pas la plume de Ron Rash mais j'espère bien lire d'autres de ses romans, et pourquoi pas un de ses recueils de poésie. 

Enfin, j'ai adoré les multiples références littéraires, à l'instar de Steinbeck, Hemingway, Poe (avec le nom éponyme de Ligeia qui est le titre d'une de ses nouvelles), Wolfe (Eugene est aussi un nom d'un de ses personnages), etc. Ces références musicales disséminées dans le récit sont très intéressantes. Toutes ces empreintes culturelles reflètent parfaitement l'ambiance de la fin des années 60 aux Etats-Unis. 

En bref, né au départ d'un fait divers vieux de 20 ans, Par le vent pleuré n'est pas l'histoire toute simple d'une jeune fille disparue et de deux frères suspects. Ron Rash va beaucoup plus loin et entraîne le lecteur vers des abysses inattendus. Tout est lié : le contexte actuel de la guerre du Vietnam, les communautés hippies, la rivalité de deux frères que tout oppose. Il y a d'une part le "Summer of love", la liberté, la drogue, le sexe, le plaisir. De l'autre, il y a ce conservatisme qui oppose les deux frères. Puis, il y a le thème fort du souvenir, ce "sursaut" de la part de Ligeia contre l'oubli. La découverte de ses restes poussent en effet les personnages à se souvenir, à se confronter à leurs passés, à leurs erreurs, à révéler enfin la vérité. Par le vent pleuré est un très bon roman noir, dur et bouleversant, sur la fin d'une époque, qui ne peut pas laisser indifférent.




Par le vent pleuré (The Risen), de Ron Rash, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez, Seuil, sortie le 17 août 2017, 200 pages, 19,50 €, format Kindle : 13,99 €.



A bientôt pour une prochaine chronique ^^