lundi 23 octobre 2017

C'est Lundi, que lisez-vous ? #67

C'est l'heure du célèbre rendez-vous "C'est lundi, que lisez-vous ?", inspiré de It's Monday, What are you reading ?, repris par Galleane. Le récapitulatif des liens se fait sur son blog.


Chaque lundi, on répond à trois questions :
1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
2. Que suis-je en train de lire en ce moment ?
3. Que vais-je lire ensuite ?


La semaine dernière, j'ai lu :



J'ai alterné ma lecture actuelle avec le sanglant Feed de Mira Grant. Je m'attendais à une histoire très sanguinolente avec des hordes de zombies, et à vrai dire, ce livre me faisait peur avant de le commencer. Finalement, j'ai été surprise de constater que ce roman a une dimension politique très importante.
Nous sommes en 2040 dans un monde partagé entre zones infestées par des zombies et zones "clean", dans lesquelles vivent presque normalement des gens comme vous et moi. Dans ce monde, les zombies pullulent depuis 2014, précisément depuis ce qu'ils appellent "le Jour des Morts". Georgia et Shaun sont des bloggeurs assez célèbres qui ont l'honneur de suivre un candidat à la présidence des Etats-Unis. Mais des attaques de zombies inhabituelles vont susciter la curiosité de nos héros...
Bref, même si le côté politique m'a légèrement ennuyée par moments, la société imaginée par l'auteure est tout de même cohérente. C'est même d'un réalisme déconcertant. Les zombies sont moins présents que ce que j'avais imaginé. Mais le problème, c'est que je ne me suis pas attachée aux personnages principaux... Donc, un bilan assez mitigé pour moi.



En ce moment, je lis :

Victor Hugo est un grand, un immense écrivain. Tout le monde le reconnaît. Mais que sait-on de l'homme, de l'époux, de l'amant ? Et d'abord de l'enfant, écartelé entre son père soldat et sa mère vendéenne, tous deux se déchirant sur la garde de leurs trois fils.

À douze ans, Victor écrit ses premiers poèmes, à quatorze il veut " être Chateaubriand ou rien ", à dix-huit ans l'Académie française le célèbre, déjà, et déjà ses colères politiques présagent de son avenir !

Car il sera de tous les combats, dénonçant la misère du peuple, luttant contre la peine de mort, contre les injustices, visitant les prisons, les bagnes...

Lors du coup d'état du 2 décembre 1851, il monte sur les barricades. Menacé de mort, il devra fuir, d'abord en Belgique, puis à Jersey et à Guernesey où la vie se réorganise en famille avec, à ses côtés, sa fidèle maîtresse, Juliette, qui recopie inlassablement ses manuscrits.

Un portrait fascinant qui éclaire de l'intérieur ce siècle passionnant que fut le XIXe siècle, naissant de la Révolution pour mettre au monde la République.

Je le termine !


Mes prochaines lectures :




Articles publiés la semaine dernière :


Je vous souhaite une excellente semaine pleine de très belles lectures...

A bientôt pour une prochaine chronique ^^




dimanche 22 octobre 2017

Premières lignes #12 : "Victor Hugo vient de mourir" de Judith Perrignon

Ce rendez-vous hebdomadaire a été créé par Ma Lecturothèque.

Le principe est simple : il s’agit de présenter chaque semaine l’incipit d’un roman.

Ce rendez-vous est très intéressant car il nous permet de découvrir en quelques lignes un style, un langage, un univers, une atmosphère.

On choisit le livre que l'on veut : un coup de cœur, une lecture actuelle, un livre de sa PAL, un emprunt à la bibliothèque...


Suite à l'incipit de la biographie de Victor Hugo par Max Gallo la semaine dernière, je me suis demandée si les premières lignes du très court livre de Judith Perrignon, Victor Hugo vient de mourir, vous intéresserait... Ce serait une belle façon de tourner la page... avant de rédiger mes chroniques. :) 


Le poète vient de rendre son dernier souffle et, déjà, la nouvelle court les rues, entre dans les boutiques, les ateliers, les bureaux. Paris est pris de fièvre. Chacun veut rendre un dernier hommage et participer aux obsèques nationales qui mèneront l'Immortel au Panthéon. Deux millions de personnes se presseront sur le parcours du corbillard en ce jour de funérailles intense et inoubliable.
D'un événement historique et en tout point exceptionnel naît un texte intime
et épique où tout est vrai, tout est roman.


       Ils ont déjà peur, le désordre vient si vite.
      Depuis la veille, les officiers de paix en faction devant l'hôtel particulier récupèrent les bulletins médicaux dans le vestibule. Ils en font des rapports qui finissent sur les bureaux de la préfecture. Ils sont signés Féger, chef de la brigade du 16e arrondissement. "Nuit relativement calme", dit le dernier, publié à sept heures trente ce matin.
     Mais dans Paris, partout les crieurs de journaux annoncent la fin. Au point qu'un commissaire de police s'en inquiète, envoie un télégramme au cabinet du préfet : ne faut-il pas les interdire ? Ce matin même, rue Charlot, un opticien a demandé à un gardien de la paix d'interpeller le colporteur du Cri du peuple qui hurlait les derniers instants. Il ne voulait rien entendre de tel, il a bouclé sa boutique, escorté l'agent et le vendeur jusqu'au commissariat. Nom prénom adresse ? Lefèbre Théodore, trente-neuf ans, passage du Génie, numéro 10, a bougonné le crieur. Un peu plus tard, même scène rue Saint-Martin : un brigadier est accosté par plusieurs personnes indignées qui lui désignent l'homme qui marche, journal à bout de bras, messager de l'inéluctable. Tout autour la foule est comme la porcelaine, soudain fragile, monsieur l'agent, arrêtez-le, faites-le taire ! Elle voudrait retenir les jours, même s'il n'en reste que trois, que deux, même si c'est pour demain. Encore une fois, le brigadier mène le vendeur devant un commissaire de police. Nom prénom adresse ? Saloizi Adolphe, rue de Crimée, 76, répond le colporteur. Le commissaire le sermonne puis le renvoie dans la rue. Rien d'illégal, ni le journal, ni ce qu'il raconte : Victor Hugo va mourir.


Victor Hugo va mourir, Judith Perrignon, Pocket, janvier 2017, 168 pages, 5,95 €.


Je vous souhaite un très bon dimanche !

A demain ^^




vendredi 20 octobre 2017

"Le Camp des autres" de Thomas Vinau

"Aux réfugiés et aux refuges"


"Elle est alors devenue le refuge de ceux qui se refusaient à l'homme et de tous ceux que l'homme refusait.
Elle est l'autre camp. Le camp des autres."





Présentation de l'éditeur

Un roman éblouissant sur la liberté de l'enfance, la nature et l'insoumission. Ou comment Gaspard, l'enfant de la forêt rencontre les personnages légendaires de la Caravane à Pépère qui défraya la chronique au début du XXe siècle.
Gaspard fuit dans la forêt. Il est accompagné d'un chien. Il a peur, il a froid, il a faim, il court, trébuche, se cache, il est blessé. Un homme le recueille. L'enfant s'en méfie : ce Jean-le-blanc est-ce un sorcier, un contrebandier, un timbré ? Une bande de saltimbanques surgit un beau matin. Ils apportent douze vipères pour que Jean-le-blanc en fasse des potions. L'enfant décidera, plus tard, de s'enfuir avec eux.
Cette aventure s'inspire d'un fait historique. En 1907, Georges Clémenceau crée les Brigades du Tigre pour en finir avec " ces hordes de pillards, de voleurs et même d'assassins, qui sont la terreur de nos campagnes ". Au mois de juin, la toute nouvelle police arrête une soixantaine de voleurs, bohémiens, trimardeurs et déserteurs réunis sous la bannière d'un certain Capello qui terrorisait et pillait la population en se faisant appeler la Caravane à Pépère. La démonstration de force de Clémenceau aboutira au final deux mois plus tard à de petites condamnations pour les menus larcins de cette confrérie errante de bras cassés.
"Je l'ai gardée au chaud cette histoire qui poussait, qui grimpait en nœuds de ronces dans mon ventre en reliant, sans que j'y pense, mes rêves les plus sauvages venus de l'enfance et le muscle de mon indignation. Alors j'ai voulu écrire la ruade, le refus, le recours aux forêts", explique Thomas Vinau à propos ce quatrième roman puissant, urgent, minéral, mûri trois ans durant.


Mon Avis

"Le givre fait gueuler la lumière. Lorsqu'il a voulu ouvrir les yeux, sa paupière gauche était encore collée par le sang. Il passe plusieurs minutes, mains en coupe autour du visage, à tenter de réchauffer lentement par son haleine la peau tuméfiée de ses joues, les croûtes sur ses arcades fendues, l'arc-en-ciel de coups sur sa petite tronche d'ange écrasée."


Vous avez lu ces quelques phrases. Les avez-vous appréciées ? Les avez-vous savourées ? Vous en voulez plus ? Je vous en parle maintenant.


Le nouveau roman de Thomas Vinau s'ouvre sur les quelques lignes ci-dessus. Ce premier passage m'a tellement subjuguée que je n'ai pas pu interrompre ma lecture jusqu'au tout dernier mot. Ce "il", c'est Gaspard, un jeune garçon dont on ne sait pratiquement rien. Cependant, on devine dès la première page qu'il s'est enfui de chez lui, qu'il a fui son père violent, que son chien l'a sauvé de ses griffes (et de ses coups de poings). Sans maison, avec pour seule compagnie son chien blessé, Gaspard erre dans les profondeurs de la forêt et tente de survivre. Dans Le Camp des autres, la forêt est animée. Elle est vivante, elle est pleine de couleurs et de sons. 

"Le noir tombe comme une couverture trop grande et à mesure que la lumière se tamise on entend toute une nouvelle musique qui monte entre les branches. Des bruits qui n'étaient pas là avant ou que personne n'écoutait. Les clochettes glacées de l'eau un peu plus loin. Les arbres qui font craquer leurs vertèbres. Le froissement des ailes et des feuilles mêlées. La terre qui se recroqueville en croustillant. Des fouissements dans les buissons." (page 29)

"Dans le ventre sauvage d'une forêt, la nuit est un bordel sans nom. Une bataille veloutée, un vacarme qui n'en finit pas. Un capharnaüm de résine et de viande, de sang et de sexe, de terre et de mandibules. Là-haut la lune veille sur tout ça." (page 31)


L'auteur souligne les rôles si particuliers de la forêt : berceau du monde, elle est crainte par les hommes. Mais elle est également et surtout, un refuge pour tous ceux qui sont rejetés, isolés. Il nous offre un formidable et saisissant hommage à la nature, à la forêt. Tout cela orchestré par une plume poétique riche, magnifique, brute. La structure, avec ses très courts chapitres (en moyenne une page et demi), rend la lecture aisée et prenante.

Gaspard et son chien, au bout de leurs forces, sont recueillis par Jean-le-blanc qui habite dans la forêt. Considéré comme un "sorcier", il fabrique des potions à base de plantes et de venin de serpent. "C'est la dose qui fait le poison", a-t-il conclu. De ce fait, si tu apprends à maîtriser les recettes, les doses et les effets, le venin t'obéira. Tu pourras tuer, blesser, endormir et même soigner. C'est pareil avec les plantes, les bêtes, les champignons". Il accepte de recueillir Gaspard à la condition qu'il devienne son apprenti. Le jeune garçon découvre un monde dense et fascinant. Jean-le-blanc lui révèle tous les secrets et les codes de la forêt, "une langue, une science et une œuvre d'art. Tout peut te sauver ou t'achever. Ici il n'y a pas de maître."

Mais Gaspard a une envie brûlante de liberté et d'identité. Il décide de suivre une bande constituée de déserteurs, de voleurs, d'anciens prisonniers évadés, qui se fait appeler "La Caravane à Pépère", "légion et mère des sans-légions et des sans-mères". Cette bande, qui a réellement existé entre 1906 et 1907, est dirigée par Jean Capello. Elle est bientôt traquée par les hommes de Clémenceau, qui veut en finir avec "ces hordes de pillards, de voleurs et même d'assassins".

"(...) ce peuple d'indomptés dont personne ne voulait, ne lui paraissait pas pire que les autres. Pas de démon, pas de cannibales, pas d'enfant volé ou donné aux porcs comme dans les histoires. (...) Juste des fuyards comme lui, qui ont plus d'un tour dans leur sac. Juste des nuisibles, éperdus et sans licol. Affamés. Prêts à prendre leur dû." (page 106).

Comme l'explique Thomas Vinau à la fin du roman, Le Camp des autres est né suite à la déclaration du ministre de l'Intérieur en 2013, lorsqu'il évoquait "l'incapacité du Rrom à s'adapter à nos modes de vie et sa vocation à retourner dans son pays". Le Camp des autres est une réaction impulsive et poétique face à la haine. Une ode magnifique dédiée aux réfugiés et aux refuges, aux "sans-famille", aux "sans-abri", aux "sans-papiers", aux "sans-patrie". 

En bref, Le Camp des autres est un roman sublime sur la liberté, sur ces exclus qui se refugient dans la forêt, un lieu tantôt effrayant, tantôt accueillant, un lieu où "il n'existe pas de maître". Ce roman est également une quête d'identité avec ce personnage de Gaspard qui tente de reconstruire sa vie après avoir subi la violence de son père. Le Camp des autres rend hommage aux exclus en mentionnant la bande de la Caravane à Pépère, poursuivie par les Brigades du Tigre de Clémenceau. On ne peut évidemment pas s'empêcher de faire le rapprochement avec notre époque à nous, à tout ce qui se passe actuellement...
Un roman magnifique écrit par un virtuose des mots. 



Merci aux éditions Alma et au Comité de lecture Cultura !

Le Camp des autres, Thomas Vinau, Alma, 24 août 2017, 194 pages, 17 €, format Kindle : 11,99 €.


Bonus : Allez visiter l'excellent blog de Thomas Vinau ici !


A bientôt pour une prochaine chronique ^^








jeudi 19 octobre 2017

Throwback Thursday livresque #50

Le Throwback Thursday livresque est un nouveau rendez-vous inspiré du "Throwback Thursday" d'Instagram, et créé par le blog BettieRose Books.
Le principe est simple : on partage chaque jeudi une lecture qui correspond à un thème donné.
Le récapitulatif des liens se trouve sur le blog BettieRose Books.

Le thème de cette semaine est :


Sanglant ou Nocturne



Je choisis Nocturne ! Et je l'avoue, je ne me suis pas trop creusé la tête... Je vais vous présenter un thriller français, un quatrième opus d'une saga assez célèbre. Il s'agit de...



Nuit de tempête en mer du Nord. Secoué par des vents violents, l'hélicoptère dépose Kirsten Nigaard sur la plate-forme pétrolière. L'inspectrice norvégienne enquête sur le meurtre d'une technicienne de la base off-shore.
Un homme manque à l'appel. En fouillant sa cabine, Kirsten découvre une série de photos. Quelques jours plus tard, elle est dans le bureau de Martin Servaz.
L'absent s'appelle Julian Hirtmann, le tueur retors et insaisissable que le policier poursuit depuis des années. Étrangement, sur plusieurs clichés, Martin Servaz apparaît. Suivi, épié.
Kirsten lui tend alors une autre photo. Celle d'un enfant.
Au dos, juste un prénom : GUSTAV
Pour Kirsten et Martin, c'est le début d'un voyage terrifiant.
Avec, au bout de la nuit, le plus redoutable des ennemis.

Nuit, Bernard Minier, XO Editions, février 2017, 528 pages, 21,90 €.

La conclusion de ma chronique : "Nuit est un thriller exaltant, une putain d'histoire rocambolesque, une épopée époustouflante sur la recherche d'un grand criminel et d'un enfant en danger. Des personnages complexes et troublants, un suspense maîtrisé, un décor angoissant, une atmosphère sombre, de l'action, des rebondissements, une fin stupéfiante. Une vraie réussite. Nuit est classé numéro 1 des ventes en ce moment, et je trouve que c'est amplement mérité. Encore une fois, bravo Monsieur Minier." 

La nuit prend une place conséquente dans l'intrigue, puisque les scènes cruciales se produisent... pendant la nuit. Tout ça pour une excellente raison : elle est chargée de symboles, elle est angoissante, source d'illusions, de peurs, de mélancolies ; et c'est aussi là que cohabitent rêves et cauchemars, raison et déraison. Elle y joue un rôle important dans le roman de Bernard Minier.

Ma chronique en intégralité


Je vous souhaite de belles lectures :)

A bientôt pour une prochaine chronique ^^





mercredi 18 octobre 2017

"Le Zoo" de Gin Phillips

Echapper à la mort, à n'importe quel prix

"Vers le milieu, plusieurs épouvantails sont tombés. Une demi-douzaine, soufflés par le vent, suppose-t-elle. Sauf que non, il n'y a pas eu de bourrasque. Et pourtant, les épouvantails sont renversés, éparpillés tout du long jusqu'à l'enclos des perroquets, et encore au-delà.
Non, pas des épouvantails. Pas des épouvantails."



Présentation de l'éditeur :


Le zoo est sur le point de fermer ses portes. Joan et son fils de quatre ans, Lincoln, sont dans leur coin préféré, à l'écart du chemin principal. Ils profitent des dernières minutes. Mais quand ils se dirigent vers la sortie, ce qu'ils découvrent transforme cette journée de rêve en cauchemar : des corps étalés sur l'herbe, des hommes armés de fusils. Sans réfléchir, Joan prend son enfant dans ses bras et court, jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à ce que ses muscles la brûlent.
Pendant trois heures, la mère et son fils vont se retrouver piégés avec les animaux et les tueurs. Pour sauver Lincoln, Joan est prête à tout... même au pire.


Mon Avis

Avec Le Zoo, l'auteure américaine Gin Phillips sort son tout premier thriller. Récompensé par le Prix Transfuge du meilleur polar étranger, et bientôt adapté au cinéma, le Zoo promet beaucoup. A-t-il été à la hauteur de mes espérances ? 



Les premières pages nous baignent d'emblée dans une atmosphère très tranquille, avec une mère et son enfant de 4 ans qui joue avec ses figurines de super-héros, dans un coin retiré d'un zoo. L'heure de fermeture du zoo approche. Joan tente de faire comprendre doucement à Lincoln qu'il doit s'arrêter de jouer lorsqu'elle entend des bruits étranges au loin :

"Alors qu'il parle, un bruit sec, violent, retentit dans les bois. Deux bangs très forts, et puis plusieurs autres. On dirait des ballons qui éclatent. Ou des feux d'artifice. (...) Peut-être une animation pour Halloween ? (...) Un transformateur aurait-il sauté ? Ou peut-être y avait-il des travaux quelque part, un marteau-piqueur ?
Il y a un autre bang. Et puis un autre, et encore un autre. Ca paraît trop fort pour être des ballons, trop espacé pour être un marteau-piqueur. Les oiseaux se taisent, mais les feuilles continuent à tomber." (pp. 18-19)

Lincoln ne se rend compte de rien, mais Joan, dont on suit le point de vue, réalise l'impensable en rejoignant la sortie du zoo :


"Elle voit bouger un bras. Un corps beaucoup trop petit pour être un épouvantail. Une jupe, remontée de façon indécente sur une hanche pâle, des jambes fléchies.
Elle relève lentement les yeux, mais quand elle regarde au loin, derrière les formes allongées par terre, après les perroquets, vers le long bâtiment bas avec les toilettes publiques et les portes marquées RÉSERVÉ AU PERSONNEL, elle voit un homme debout, immobile à côté de la fontaine à eau. Il lui tourne le dos. Il est en jean et tee-shirt noir. Il a les cheveux bruns ou noirs, et à part cela elle ne voir pas les détails, sauf un, quand il finit par bouger : il donne un coup de pied dans la porte des toilettes, son bras remonte pour la rattraper, et elle voit qu'il tient une arme à feu dans la main droite, une espèce de fusil, long et noir, dont le bout étroit monte comme une antenne derrière sa tête sombre alors qu'il disparaît entre les murs vert pâle
des toilettes pour femmes.
Elle pense repérer un autre mouvement du côté des perroquets, un autre personnage encore debout, mais elle n'en voit pas davantage car à cet instant elle se détourne.
Elle attrape Lincoln, le soulève – les jambes du garçon se balancent lourdement -, et le dépose sur sa hanche, sa main droite serrée autour de son poignet gauche sous les fesses de l'enfant, lui offrant une sorte de siège.
Elle se met à courir. »
(pp. 30-31)

Et là, tout bascule. L'atmosphère tranquille du début n'existe plus. On est propulsés dans une ambiance anxiogène, où la tension est permanente. Nous suivons Joan dans ses réflexions, elle qui ne pense qu'à mettre son fils à l'abri. 

"Non. Ils n'arriveront à rien en courant. Il faut qu'ils se cachent si bien que personne ne pourra les voir, même en passant tout à côté d'eux. Il leur faut un terrier de lapin.
Un bunker.
Un passage secret." (page 37).


Elle se raccroche à ses souvenirs qui l'aident à affronter la peur qui veut la paralyser. Elle sait qu'ils sont traqués, qu'ils sont pistés, qu'ils sont poursuivis par des tueurs dont elle ne sait strictement rien. 


Le visage du zoo, si agréable avec son décor d'Halloween, change pour revêtir une apparence beaucoup plus malsaine. Le thème de "SOS Fantômes" et autres musiques d'Halloween retentissent dans un endroit déserté et de plus en plus sombre. 

Le bruit devient leur pire ennemi. Outre cette musique forte, insupportable qui résonne dans les haut-parleurs, les voix des personnages sont constamment réduites au chuchotement ou au silence. Il faut se cacher et se taire. Difficile quand on a un petit garçon de 4 ans... Joan, par bonheur, est un personnage courageux et qui a du sang-froid. Elle sait le calmer par des stratagèmes, sans s'énerver, sans le brusquer. 
Le bruit est un danger. Les respirations, les bruits de pas créent en nous une angoisse latente lorsque nos personnages trouvent enfin un refuge. Le silence est lourd, pesant. L'attente est insoutenable. 

"Elle entend sa propre respiration et le bruit de ses pas, aussi discret que possible, elle entend aussi le vent, la rumeur de la circulation pas très loin, et les feuilles qui frémissent sur les branches - tous les bruits de fond qu'elle ne se donne jamais la peine d'écouter. Elle en a besoin, car Lincoln ne sera jamais tout à fait silencieux. C'est un bon garçon, mais on ne peut pas espérer qu'il reste parfaitement muet, et s'ils se faisaient tuer à cause d'un seul et unique soupir ?"
(page 41).

Le danger, c'est aussi les autres. Joan et Lincoln croiseront d'autres visiteurs du zoo, qui peuvent tous représenter une menace : par le bruit qu'ils peuvent faire, par les choix qu'ils font, par leurs comportements.

Et Joan devra elle aussi faire des sacrifices pour protéger son fils. Elle fait confiance à ses instincts. Dans ce zoo, elle redevient animale, portant constamment son fils sur sa hanche. Joan n'est pas surhumaine à l'instar des super-héros de son fils. Elle agit en tant que mère, avec en tête un seul objectif : protéger Lincoln. 

Ce thriller dont l'action se déroule sur un laps de temps très court, est diablement efficace : une tension permanente, une atmosphère lourde, un sentiment d'angoisse qui va crescendo. Le personnage de Joan est une réussite. En tant que parent, en tant que mère, on s'attache immédiatement à ce personnage, qui ne cède pas à la panique, qui fait preuve d'un sang-froid admirable face à l'horreur disséminée dans ce zoo. Le lien fusionnel qu'elle entretient avec son fils est touchant. 

En bref, Le Zoo tient ses promesses. C'est un excellent thriller au rythme haletant, à l'atmosphère lourde et angoissante. Le zoo, lieu divertissant et agréable, est transformé en un endroit dangereux et sinistre avec sa musique d'Halloween tonitruante qui s'échappe des haut-parleurs. Joan, mère courageuse et dotée d'un sang-froid admirable, devient animale, suit ses instincts, pour protéger Lincoln, son fils de 4 ans. Le danger est partout : les tueurs les pourchassent, le bruit peut trahir leur présence, les autres visiteurs sont susceptibles de les mener à leur perte. Finalement, qui sont ces hommes ? Joan et Lincoln vont-ils s'en sortir ? Gin Phillips signe ici une intrigue originale et prenante qui prend aux tripes. Une excellente lecture que je ne peux que vous recommander.




Le Zoo (Fierce Kingdom), de Gin Phillips, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Dominique Haas, Robert Laffont, Collection La Bête Noire, sorti le 21 septembre 2017, 304 pages, 18,90 €, format Kindle : 13,99 €.



Bonus : le book-trailer (VO) 




A bientôt pour une prochaine chronique ^^